« D’Eau et de Lumière » rassemble le corpus sous-marin de Bastien Soleil : une suite de photographies en noir et blanc où le corps humain, libéré de la pesanteur, dialogue avec l’eau et la lumière naturelle. Chaque image naît d’une performance réelle, accomplie en apnée, entre un et douze mètres sous la surface — sans oxygène, sans trucage, sans retouche numérique. Des cénotes du Mexique aux eaux de Thaïlande, de France et d’Italie, l’artiste fait de chaque plongée un atelier à ciel renversé, où le souffle retenu devient l’unité de mesure du temps.
Né loin des océans, au cœur de la France, Bastien Soleil rencontre véritablement son élément en 2017, lors d’un voyage en Asie. Il y découvre l’apnée, l’enseigne, puis choisit d’emporter sous l’eau le regard qu’il portait sur le monde terrestre. Ce geste fonde une démarche singulière : photographier non pas ce que l’on voit, mais ce que l’on traverse. Sous l’eau, le temps se suspend ; les corps deviennent des sculptures vivantes, tantôt en chute, tantôt en élévation, toujours en tension entre l’ombre et la clarté. La lumière, unique source de l’image, perce la masse liquide comme une révélation.
L’exposition se parcourt comme un panthéon de figures intemporelles. Icare et sa chute en triptyque, Orphée et son testament, Narcisse penché sur son reflet, Aphrodite née de l’écume, saint Sébastien, Sisyphe et son éternel recommencement, l’Archange Michel terrassant le dragon, les Anges, Māra et ses tentations, le Guerrier de Lumière, la Prophétie de Platon ou encore le « Gnothi Seauton » — « connais-toi toi-même ». À ces mythes répondent des œuvres plus intimes — L’abandon, Surrender, Hope, Love, Heart of the Sea, La mer est son âme — qui disent la même quête : la liberté, la transformation, la résilience et le sens. Chaque image fait coexister les contraires que nous portons : sensualité et puissance, poésie et vérité, douceur et brutalité, ombre et lumière.
La pratique de Bastien Soleil dépasse les frontières de la photographie pour s’affirmer comme un langage hybride, à la croisée de quatre disciplines. La danse, par la maîtrise du mouvement, vecteur d’émotion. La peinture, car chaque œuvre naît d’une vision précise, esquissée et préparée jusque dans le moindre détail. La sculpture, car il faut comprendre l’eau dans toutes ses nuances, comme un sculpteur connaît son marbre, pour la « sculpter » sans artifice et saisir son essence fugace. Et le sacré, enfin, car chaque image est une méditation sur les épreuves, les doutes et la transcendance de la condition humaine — un témoignage de la lumière qui guide, même dans les moments les plus sombres.
À l’heure où l’image se fabrique de plus en plus artificiellement, « D’Eau et de Lumière » est aussi un acte de résistance : celui d’un art de l’authenticité, où la beauté formelle est indissociable de l’expérience vécue, du risque et de l’instant. Témoin de cette performance immersive, le visiteur découvre un corpus suspendu entre deux mondes, qui séduit d’abord l’esprit pour mieux toucher l’âme.